Coin des poètes 16.9.17 Châteaux


 

Adhérents ou non de l'assocation, vous êtes tous conviés

au Coin des poètes de l'Ouvre Boîte à Poèmes

samedi 16 septembre 2017

de 14h45 à 17h30

Adresse des "Coins des poètes" :
La Briqueterie - Maison des Loisirs et de la Culture
6 avenue de Domont
95160 MONTMORENCY

plan de ville

Thème proposé :

LES CHATEAUX

Bonaguil 1

château de Bonaguil


 


Louis Aragon : Est-ce ainsi que les hommes vivent

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours
Que faut-il faire de mes nuits
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.

C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent

Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola.

Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître
Du Rainer Maria Rilke.

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.

Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu.

Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel à tes cils
Lola qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril à cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.


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André Breton - Paul Eluard : Essai de simulation de la paralysie générale

Extrait de L'Immaculée conception (1930)
[...] Je n’avais pas assez de cent cinquante châteaux où nous allions nous aimer
on m’en construira demain cent mille autres j’ai chassé des forêts de baobabs de
tes yeux les paons les panthères et les oiseaux-lyres je les enfermerai dans mes
châteaux forts et nous irons nous promener tous deux dans les forêts d’Asie
d’Europe d’Afrique d’Amérique qui entourent nos châteaux dans les forêts
admirables de tes yeux qui sont habitués à ma splendeur.[...]


 

Robert Desnos : Au temps des donjons (1942)
(Recueil Destinée arbitraire)

As-tu déjà perdu le mot de passe ?

Le château se ferme et devient prison,
La belle aux créneaux chante sa chanson
Et le prisonnier gémit dans l'in pace.
Retrouveras-tu le chemin, la plaine,
La source et l'asile au coeur des forêts,
Le détour du fleuve où l'aube apparaît,
L'étoile du soir et la lune pleine ?
Un serpent dardé vers l'homme s'élance,
L'enlace, l'étreint entre ses anneaux,
La belle soupir au bord des créneaux,
Le soleil couchant brille sur les lances,
L'âge sans retour vers l'homme jaillit,
L'enlace, l'étreint entre ses années.
Amours ! Ô saisons ! Ô belles fanées !
Serpents lovés à l'ombre des taillis.

 


Paul Éluard : L'amour la poesie (1929)

    "La fleur de chardon construit un château Elle monte aux échelles du vent."


 

Paul Fort : La pluie
(Ballades françaises, Flammarion)

    La pluie tombe infinie. Les horizons s'enfuient. Où vont-ils ces coteaux, ces coteaux sous la pluie, qui portent sur leur dos ces forêts qui s'ennuient?

    Où donc est Andely, Andely-le-Petit? son coteau? son château? Je les voyais tantôt. Les horizons s'enfuient. La pluie tombe infinie.

    Du côté des forêts, qui donc réapparaît? Ce géant, est-ce lui? Est-ce toi, vieux château qui vas courbant ton dos sous neuf siècles d'ennui?

La pluie tombe infinie.

Andely chateau gaillard redim
Château-Gaillard aux Andelys

source image

http://litteratureprimaire.eklablog.com/la-pluie-paul-fort-a98748369


Théophile Gautier (1811-1872) : Le château du Souvenir

La main au front, le pied dans l'âtre,
Je songe et cherche à revenir,
Par delà le passé grisâtre,
Au vieux château du Souvenir.

Une gaze de brume estompe
Arbres, maisons, plaines, coteaux,
Et l'oeil au carrefour qui trompe
En vain consulte les poteaux.

J'avance parmi les décombres
De tout un monde enseveli,
Dans le mystère des pénombres,
A travers des limbes d'oubli.

Mais voici, blanche et diaphane,
La Mémoire, au bord du chemin,
Qui me remet, comme Ariane,
Son peloton de fil en main.

Désormais la route est certaine ;
Le soleil voilé reparaît,
Et du château la tour lointaine
Pointe au-dessus de la forêt.

Sous l'arcade où le jour s'émousse,
De feuilles, en feuilles tombant,
Le sentier ancien dans la mousse
Trace encor son étroit ruban.

Mais la ronce en travers s'enlace ;
La liane tend son filet,
Et la branche que je déplace
Revient et me donne un soufflet.

Enfin au bout de la clairière,
Je découvre du vieux manoir
Les tourelles en poivrière
Et les hauts toits en éteignoir.

Sur le comble aucune fumée
Rayant le ciel d'un bleu sillon ;
Pas une fenêtre allumée
D'une figure ou d'un rayon.

Les chaînes du pont sont brisées ;
Aux fossés la lentille d'eau
De ses taches vert-de-grisées
Étale le glauque rideau.

Des tortuosités de lierre
Pénètrent dans chaque refend,
Payant la tour hospitalière
Qui les soutient... en l'étouffant.

Le porche à la lune se ronge,
Le temps le sculpte à sa façon,
Et la pluie a passé l'éponge
Sur les couleurs de mon blason.

Tout ému, je pousse la porte
Qui cède et geint sur ses pivots ;
Un air froid en sort et m'apporte
Le fade parfum des caveaux.

L'ortie aux morsures aiguës,
La bardane aux larges contours,
Sous les ombelles des ciguës,
Prospèrent dans l'angle des cours.

Sur les deux chimères de marbre,
Gardiennes du perron verdi,
Se découpe l'ombre d'un arbre
Pendant mon absence grandi.

Levant leurs pattes de lionne
Elles se mettent en arrêt.
Leur regard blanc me questionne,
Mais je leur dis le mot secret.

Et je passe. - Dressant sa tête,
Le vieux chien retombe assoupi,
Et mon pas sonore inquiète
L'écho dans son coin accroupi. [...]


Claude Haller : Dans le regard d’un enfant

J'ai vu des continents
Des îles lointaines
De fabuleux océans
Des rives incertaines
Dans le regard d'un enfant.

J'ai vu des châteaux
Des jardins à la française
Des bois de coteaux
De blancs rochers sous la falaise
Dans le regard 'un enfant.

J'ai vu les Champs Elysées
L'arc de Triomphe, la Tour Eiffel
Le Louvre et la Seine irisées
Comme un arc-en-ciel.
Dans le regard d'un enfant

Jardin luxembourg

Jardin du Luxembourg (jardin à la française)


Victor Hugo (1802-1885) : Le château-fort

Recueil : Les orientales (1829).

À quoi pensent ces flots, qui baisent sans murmure
Les flancs de ce rocher luisant comme une armure ?
Quoi donc ! n'ont-ils pas vu dans leur propre miroir,
Que ce roc, dont le pied déchire leurs entrailles,
A sur sa tête un fort, ceint de blanches murailles,
Roulé comme un turban autour de son front noir ?

Que font-ils ? à qui donc gardent-ils leur colère ?
Allons ! acharne-toi sur ce cap séculaire,
Ô mer ! Trêve un moment aux pauvres matelots !
Ronge, ronge ce roc ! qu'il chancelle, qu'il penche,
Et tombe enfin, avec sa forteresse blanche,
La tête la première, enfoncé dans les flots !

Dis, combien te faut-il de temps, ô mer fidèle,
Pour jeter bas ce roc avec sa citadelle ?
Un jour ? un an ? un siècle ?... Au nid du criminel
Précipite toujours ton eau jaune de sable !
Que t'importe le temps, ô mer intarissable ?
Un siècle est comme un flot dans ton gouffre éternel.

Engloutis cet écueil ! que ta vague l'efface
Et sur son front perdu toujours passe et repasse !
Que l'algue aux verts cheveux dégrade ses contours !
Que, sur son flanc couché, dans ton lit sombre il dorme !
Qu'on n'y distingue plus sa forteresse informe !
Que chaque flot emporte une pierre à ses tours !

Afin que rien n'en reste au monde, et qu'on respire
De ne plus voir la tour d'Ali, pacha d'Epire ;
Et qu'un jour, côtoyant les bords qu'Ali souilla,
Si le marin de Cos dans la mer ténébreuse
Voit un grand tourbillon dont le centre se creuse,
Aux passagers muets il dise : C'était là !

Le 26 novembre 1828.

source Internet

Victor hugo dessin chateau

Victor Hugo (dessin de château)

 


 

Maria Labeille : L'ombre de soi

Elle était reine en sa maison
dame de coeur et de raison
mais au château d'Alzheimer
où l'oubli fane ses couleurs
aujourd'hui elle est en prison
sans clé du temps, sans horizon
s'égare encore en ses yeux gris
quelque lambeau de rêverie.

Elle va et vient comme une ombre
au fil des jours ses idées sombrent
à quelques pauvres encablures
du pays de la raison pure.
Elle ne peut aller vers lui
comment se repérer de nuit
plus de phares sur ses pensées
tous ses chemins sont effacés.

Elle a perdu les mots d'avant
même le nom de ses enfants
qui guettent la moindre lueur
aux fenêtres d'Alzheimer.
L'hiver embrume les jardins
le soir s'attarde la nuit vient
c'est dans un regard de statue
que leur enfance s'est perdue.
Les grandes orgues se sont tues
elle ne comprend même plus
les humbles mots de tous les jours
elle parlait si bien d'amour.

Être et ne pas être
Être et ne plus être
que l'ombre de soi.

 

Maria Labeille, extrait de La Centaurelle épousée, Paris, Collection Club des poètes, p. 61.

 


Stéphane Mallarmé (1842-1898) : Le château de l'espérance

Ta pâle chevelure ondoie
Parmi les parfums de ta peau
Comme folâtre un blanc drapeau
Dont la soie au soleil blondoie.

Las de battre dans les sanglots
L'air d'un tambour que l'eau défonce,
Mon coeur à son passé renonce
Et, déroulant ta tresse en flots,

Marche à l'assaut, monte, - ou roule ivre
Par des marais de sang, afin
De planter ce drapeau d'or fin
Sur ce sombre château de cuivre

- Où, larmoyant de nonchaloir,
L'Espérance rebrousse et lisse
Sans qu'un astre pâle jaillisse
La Nuit noire comme un chat noir.

source internet


Gérard de Nerval : Petits châteaux de Bohême 
Eugène Didier, 1853 (pp. 83-96).
TROISIÈME CHÂTEAU

Château de cartes, château de Bohême, château en Espagne, — telles sont les premières stations à parcourir pour tout poëte. Comme ce fameux roi dont Charles Nodier a raconté l’histoire, nous en possédons au moins sept de ceux-là pendant le cours de notre vie errante, — et peu d’entre nous arrivent à ce fameux château de briques et de pierre, rêvé dans la jeunesse, — d’où quelque belle aux longs cheveux nous sourit amoureusement à la seule fenêtre ouverte, tandis que les vitrages treillissés reflètent les splendeurs du soir.

En attendant, je crois bien que j’ai passé une fois par le château du diable. Ma Cydalise, à moi, perdue, à jamais perdue !… Une longue histoire, qui s’est dénouée dans un pays du nord, — et qui ressemble à tant d’autres ! Je ne veux ici que donner le motif des vers suivants, conçus dans la fièvre et dans l’insomnie. Cela commence par le désespoir et cela finit par la résignation.

Puis, revient un souffle épuré de la première jeunesse, et quelques fleurs poétiques s’entr’ouvrent encore, dans la forme de l’odelette aimée, — sur le rhythme sautillant d’un orchestre d’opéra.

 


Charles Péguy : Châteaux de Loire

Le long du coteau courbe et des nobles vallées
Les châteaux sont semés comme des reposoirs,
Et dans la majesté des matins et des soirs
La Loire et ses vassaux s'en vont par ces allées.

Cent vingt châteaux lui font une suite courtoise,
Plus nombreux, plus nerveux, plus fins que des palais.
Ils ont nom Valençay, Saint-Aignan et Langeais,
Chenonceau et Chambord, Azay, le Lude, Amboise.

Et moi j'en connais un dans les châteaux de Loire
Qui s'élève plus haut que le château de Blois,
Plus haut que la terrasse où les derniers Valois
Regardaient le soleil se coucher dans sa gloire.

La moulure est plus fine et l'arceau plus léger.
La dentelle de pierre est plus dure et plus grave.
La décence et l'honneur et la mort qui s'y grave
Ont inscrit leur histoire au coeur de ce verger.

Et c'est le souvenir qu'a laissé sur ces bords
Une enfant qui menait son cheval vers le fleuve.
Son âme était récente et sa cotte était neuve.
Innocente elle allait vers le plus grand des sorts.

Car celle qui venait du pays tourangeau,
C'était la même enfant qui quelques jours plus tard,
Gouvernant d'un seul mot le rustre et le soudard,
Descendait devers Meung ou montait vers Jargeau.


Lionel Ray : Comme un château défait
[recueil Comme un château défait, Poésie/Gallimard]

Tu es sur le chemin dont nul n'est revenu
c'est ton tour, c'est le vieillissement,
l'illisible dieu interroge sous le masque.

l'hiver s'avance d'un pas égal, dénude
les arbres, rentre en lui-même, souverain.

C'est l'accession sans égarement, tu regardes
le seuil, les maisons sont plus âpres, les portes
fermées, comme un château défait
    la vie retombe.

Tours de merle

Tours de Merle (Cantal)


Arthur Rimbaud : Ô saisons, ô châteaux
(Recueil : Derniers vers)

Ô saisons ô châteaux,
Quelle âme est sans défauts ?

Ô saisons, ô châteaux,

J'ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n'élude.

Ô vive lui, chaque fois
Que chante son coq gaulois.

Mais ! je n'aurai plus d'envie,
Il s'est chargé de ma vie.

Ce Charme ! il prit âme et corps.
Et dispersa tous efforts.

Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu'elle fuie et vole !

Ô saisons, ô châteaux !

Et, si le malheur m'entraîne,
Sa disgrâce m'est certaine.

Il faut que son dédain, las !
Me livre au plus prompt trépas !

- Ô Saisons, ô Châteaux !

Chateau bousquet 2016

Château du Bousquet (Aveyron)

 


Pour aller plus loin : "Si cela vous dit d'écrire d'autres textes sur ce thème... "

 


D'un château l'autre : pages vues au hasard du net sur des milliards de pages... (cliquez sur les liens pour les découvrir en s'amusant)

http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/combien-coutent-le-palais-d-aladin-et-le-chateau-de-cendrillon-974309.html

http://www.demotivateur.fr/article-buzz/decouvrez-les-veritables-endroits-qui-ont-inspire-les-disney-certains-lieux-sont-magnifiques--3011

http://www.guide-tourisme-france.com/VISITER/chateau-duc-dino--montmorency-27330.htm

http://www.survoldefrance.fr/affichage2.php?img=38651

http://www.ladepeche.fr/article/2010/08/17/890102-grande-bretagne-lecons-construction-parfait-chateau-sable-parents.html

http://viarmes.fr/decouvrir-ma-ville/histoire-et-patrimoine/le-chateau/

https://www.tourisme-aveyron.com/fr/voir-faire/visiter/patrimoine/les-chateaux-aveyron

 

 

 


 

Prochains coins des poètes

 7 octobre ("la porte des songes")

-4 novembre ("cailloux")

2 décembre (A.G. - thème libre)

 

 


 


mise en ligne 8.9.17 dernière maj 13.9.17

Nathalie Cousin alias La souris curieuse

 

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