Amour de parapluie et belle compagnie



Avec ou sans pluie
Par attrait, par plaisir
beaucoup pour le geste :
ma main glisse le long du manche
 le déclic gonfle brusquement  la voilure ;
beaucoup pour le chant :
ma  voix emplit la coupole
 se fait belle, triste ou gaie, à volonté ;
beaucoup pour cet espace charmant :
la  cachette est sûre
j’ y chuchote en toute tranquillité
à l’abri des oreilles des grands ;
beaucoup pour les couleurs :
 le ciel  est bleu, très souvent  vert
avec des gouttes roses-bonbon,
et des p’tites aux bandes écossaises ;
parfois pour ma taquinerie :
je grimace et j’ tire la langue,
à mon voisin par exemple
qui me menace avec un seau.

Mon parapluie est mon ami
Quand  il m’arrive de le perdre,
j’en ai le cœur tout esseulé
j’aurais du lui mettre un collier
comme on fait au chat quand il sort
mais  v’la les gouttes qui me menacent
le ciel en larmes  qui me nargue
et le visage à découvert ….
avec maman on va l’chercher
pour encore un’ fois le r’trouver.

est-ce que mes sœurs aiment autant qu’moi leur parapluie ?
je n’les vois pas r’garder l’arche en ciel comme moi
Elles s’parlent du beau temps sous leur parapluie
Tout en r’gardant  leurs pieds
Moi  j’parle avec lui de la pluie, des nuages à inventer,
des mots qui trottinent dans ma tête
On s’amuse de leurs « trombines »
J’vois  l’accalmie dans ses baleines
J’lui parle d’amour avec les yeux
J’prends d’la hauteur à chaque averse.

J’ai quitté ce coin de parapluie
Et arpenté à l’aube les chemins de mes rêves
Au goût de rosée et d’herbe de brume
J’ai virevolté dans la fumée des feux,
chanté à tue-tête, découvert l’amitié
dormi à la belle étoile,
oublié ! mon parapluie perdu.
Puis les vagues ont porté mes amours premières
 Et J’ai fabriqué pour deux chères têtes brunes
 les plus ondulants des berceaux marins
 De coups de tonnerre en coups de foudre
J’ai atterri aux rives du désert,
J’ai aimé les cieux retentissants d’immensité
 les aubes silencieuses et laiteuses,
 les couchants allumant par magie
les bosses ondulantes des princes des sables
j’ai dans le regard la démarche chaloupée des femmes
Leur chant rauque et le thé à la menthe
les oiseaux  survivants survolant villes englouties
nos rires crépitant sur la crête des dunes
et sans m’y attendre, l’ Amour m’a pris par la main !
 
mais faut quand même que j’vous dise :
j’aime toujours les parapluies
Y’en a un qu’j’ prête à personne
Ach’té en montagnes tyroliennes
La tête dans ses fleurs d’eldelweiss
Tout au bord d’un  lac de montagne
où marmottes joueuses, siffleuses, effrontées
dessinent des arabesques dans les tapis de fleurs
Et plus haut dans les éboulis,
des chamois libres
A la barbe dorsale balayée par les vents
Guettent la première neige !
Une tanière de glace en guise d’avenir
En forme de parapluie.



 Michelle CHEVALIER     16.09.11

Poème aimablement communiqué par l'auteur avec tous nos remerciements.

Mise en ligne de cette page : 12.09.14

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