L'amour... du bout des yeux

 


Je songe à celles-là que j'aurais tant aimées
Si nos regards un jour au hasard d'une rue,
Par delà les auras, les ondes embrumées,
Avaient mêlé leurs eaux et leur fierté bourrue.
Et je pleure en pensant à ces amants hagards,
A leurs jours sans aurore, à leurs soirs ennuyeux,
Qui n'osent même plus affronter les regards
De ces femmes qui font l'amour du bout des yeux.


Je songe à celles-là que j'aurais tant aimées
Si nos propos un jour au hasard d'une table,
Par delà les cris sourds et les voix enfumées,
Avaient croisé leurs feux, leur passion redoutable.
Et je crie en pensant à ces amants taris,
A leurs jours sans aurore, à leurs soirs sans credos,
Qui n'osent même plus espérer quelques cris
De ces femmes qui font l'amour du bout des mots.


Je songe à celles là que j'aurais tant aimées
Si nos mains un seul jour au hasard d'une danse,
Par delà les soupirs, les musiques rythmées,
Avaient mixé leurs flux et leur insouciance.
Et je prie en pensant à ces amants peureux,
A leurs jours sans aurore, à leurs soirs sans émois,
Qui n'osent même plus effleurer les cheveux
De ces femmes qui font l'amour du bout des doigts.


Je songe à celles-là que j'aurais tant aimées
Si nos corps un seul jour au hasard d'un désir,
Par delà les tabous, les pudeurs périmées,
Avaient collé leurs peaux frissonnant de plaisir.
Et je tremble en pensant à ces amants castrés,
A leurs jours sans aurore et à leurs soirs sans fièvres,
Qui n'osent même plus invoquer les secrets
De ces femmes qui font l'amour du bout des lèvres.

 Je songe à celles-là que j'aurais tant aimées
Si nos cœurs un seul jour au hasard d'un caprice,
Par delà les raisons, les bonnes renommées,
Avaient brûlé leurs sangs en un grand sacrifice.
Mon coeur saigne en pensant à ces amants saignés,
A leurs jours sans aurore, à leurs soirs de rancœur,
Qui n'osent même plus tant ils sont résignés
Aimer celles qui font l'amour du bout du cœur.


Je songe à celles-là que j'aurais tant aimées
Si nos âmes un jour au hasard d'une mort,
Par delà les Enfers, les Parques diffamées,
Avaient noué leurs fils, tressant un lien plus fort.
Mais je me vois pareil à ces amants mort-nés,
A leurs jours sans aurore et à leurs soirs sans drame,
Qui n'osent même plus tant ils sont laminés
Tuer celles qui font l'amour du bout de l'âme.


Yves-Fred BOISSET

poème aimablement communiqué par l'auteur, 
lu au Coin des poètes de février 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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