Les mots et les camés

Il y a des mots qui tuent
Et de mortels silences.
Et que de mots sont tus
Pour cause d’insolence.

Les bavards font la loi
Quand se taisent les justes.
Les mots de bon aloi
Ne sont pas pour les frustes.

Le silence est un art
Qui sans bruit se consomme.
Mais vous met à l’écart
À l’égal d’un fantôme.

On se doit de parler
Même pour ne rien dire.
Au crachoir il faut postuler
Et si possible pour médire.

Chacun s’arrache le micro
Pour bien étaler sa bêtise.
Mais on parle toujours de trop.
Du sage c’est bien la hantise.

Les mots sont-ils faits pour briller
En face de son auditoire ?
On finit bien par bafouiller
Quand on force l’art oratoire.

Mais se taire, se taire longuement,
Et s’en aller rêver quand l’autre s’époumone
À vouloir démontrer plus ou moins doctement
Tant de banalités que la foule marmonne.

Mais les mots ne sont plus qu’un simple bruit de fond
Quand on s’est retiré au creux de ses pensées.
Notre jardin secret est autrement fécond
Que ces discours cousus d’âneries enlacées.

Je m’éveille pourtant quand jaillit un bon mot,
Un de ces mots d’esprit qui ressemble à la flèche
Qu’on décoche parfois pour fustiger un sot,
Un fat, un vaniteux, peut-être une pimbêche.

Et je reste sensible au moindre mot d’amour
Qui caresse mon cœur, le berce en nonchalance
Dans notre tendre langue non exempte d’humour.
L’amour est fait de mots mais aussi de silence.

Yves-Fred Boisset, 21 mars 2013
     Lu au Coin des Poètes le 06/04/2013

 

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