Réconciliation

Quand l'orage eut fini de broyer l'horizon,
D'ensanglanter le ciel, de flageller la grève,
Quand le calme revint, chassant la nuaison,
La mer mit à profit le temps de cette trêve.

Tout de bleu revêtue en ses plus beaux atours,
Un liseré d'argent à l'ourlet de ses vagues,
La voilà qui s'en fut sans prendre de détours
Interpeller le vent pour ses méchantes blagues.

Elle avait en effet fort justement saisi
Qu'en l'affaire elle était victime d'injustice ;
Elle voulait qu'on mît quelques points sur les « i »
Et puis avec le vent conclure un armistice.


Elle n'acceptait plus que l'on dise en tous lieux,
Du creux de la calanque au pied de la falaise,
Qu'elle était trop souvent, oui, trop souvent, mauvaise.

Alors qu'en vérité, elle est si caressante,
Femme jusqu'en ses fonds où se fondent les cieux,
Aux chagrins du marin toujours compatissante.

Qui pourrait oublier, en la voyant étale,
Vierge comme l'azur, fière comme vestale,
Qu'elle fut en son temps la matrice des dieux ?


Elle plaida si bien sa cause auprès du vent
Que celui-ci conquis par une telle audace
Et par la fermeté de ce discours fervent
Reconnut ses erreurs et lui demanda grâce.

Car c'est bien lui le vent qui se jouant des eaux
S'amusait à troubler les ondes pacifiques,
Retournait les voiliers, rabattait les oiseaux,
Rejetant sur la mer ses actions maléfiques.

Leur accord stipula qu'au moins pour l'avenir
Le vent renoncerait à son jeu si futile
Et ne rugirait plus si ce n'est pour punir
Ceux qui souillent la mer de bêtise inutile.

 

Yves-Fred Boisset.

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