Whitman : Feuilles d'herbe (extrait)

Patiente silencieuse l'araignée

Patiente silencieuse l'araignée,
Je l'ai vue dans l'isolement de son petit promontoire,
Sécréter hors de son corps une infinité de filaments
Avec lesquels elle explorait le vide alentour,
N'en finissant plus de les dérouler n'en finissant plus de les
produire à toute allure.  

Et toi mon âme solitaire que tu es dans l'infinité des 
océans spaciaux qui t'enserrent,
Tu flânes, vas au loin, lançant inlassablement, cherchant
les sphères auxquelles te connecter,
Le pont tant utile finira bien un jour par être créé, l'ancre
ductile par agripper,
Le fil soyeux de la toile lancé au hasard réussira enfin à
adhérer, Toi mon âme.  

Walt Whitman, Feuilles d'herbe,  II,
trad. et pref. de Jacques Darras,
Grasset, Les cahiers rouges, 1994, p. 299. 

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