E. Scotto. Ce qui bat

 

ANNONCE DE PARUTION (mai 2020)

Éric Scotto d'Apollonia, Ce qui bat,
Paris, L'Harmattan, Collection Poètes des cinq continents, 2020, 78 p.
ISBN 978-2-343-20442-0. (12 €).

 

Scotto eric ce qui bat

"L'inspiration poétique est souvent associée à l'espace du dedans. Mais c'est oublier que la fonction poétique du langage éclaire aussi notre relation au vivant pour construire avec la terre et le ciel un dialogue fécond et incarné, à seule fin d'enrichir nos existences. Chaque voix a son temps intime, son chant sauvage qui bat en notre sang, et qui avance et recule. Dans ce livre, la terre et le ciel battent en nous, comme des alliés essentiels à notre conquête du bonheur. Aimer la vie à l'unisson du chant simple d'une cigale est sans doute ce qui bat le plus juste en nous, sans rien défaire autour de nous." (4e de couverture).

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NOTE DE LECTURE

Ce qui bat d’Eric Scotto : pour un nouveau chemin de lecture

par Nathalie Cousin

Quelles portes Éric Scotto d'Apollonia nous ouvre-t-il en dédiant son nouveau recueil, Ce qui bat, « au Symbiocène et aux Zostérops à dos gris » ?

Une rapide recherche sur Internet a tôt fait de nous éclairer sur ces mots mystérieux. Ils font directement allusion ici au livre de Glenn Albrecht, Les émotions de la Terre : des nouveaux mots pour un nouveau monde. Ce chercheur et philosophe australien définit le Symbiocène comme une ère nouvelle qui devrait succéder à l’actuel « Anthropocène » caractérisé par la domination exclusive de l’homme sur la nature au prix de désastres écologiques et environnementaux irréversibles. Glenn Albrecht préconise l’arrêt de tout ce qui peut encore aggraver l’état de la planète et prône un retour à la nature telle que l’ont connue les Aborigènes australiens durant des millénaires. Au Symbiocène, tous les êtres vivants devraient vivre en symbiose sur une Terre régénérée. Alors l’homme ne souffrira plus de « solastalgie », ce « sentiment de désolation causé par la dévastation de son habitat et de son territoire ».

Quant au Zostérops à dos gris, il s’agit d’un oiseau qui vit notamment en Australie, en Tasmanie. Il apparaît dans Les émotions de la Terre, notre philosophe se passionnant également pour l’ornithologie.

Faire de ce livre l’unique clé pour Ce qui bat serait très exagéré, mais il nous a ouvert en tout cas une voie parmi d’autres, un « chemin de lecture » complémentaire possible que nous avons eu plaisir à explorer, même si nous ne pouvons pas l’approfondir davantage ici.

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De nombreux thèmes abordés par Éric Scotto entrent maintenant pour nous en résonance de façon accrue : fusion de l’homme avec la nature et tous ses éléments : terre, mer, ciel, forêt, arbres (« Un arbre a poussé dans mon cœur »), plantes, animaux, oiseaux (de nombreux oiseaux sillonnent Ce qui bat), temps, saisons, jours et nuits. S’y ajoutent et s’y croisent les thèmes de l’enfance (« les verts pâturages des amours enfantines » ; « l’enfance est une île qu’on ne peut oublier »), des lieux (« la maison natale » dans Notre lieu, « le pays natal » dans Douce est la nuit) et de l’écriture.

Dans une luxuriance d’images et de métaphores nominales, la poésie se fait lyrisme, chant, musique, reflet et expression des émotions, pensées (« en recueillant les pensées d’un torrent »), sentiments, de la terre ou envers elle dans leur ambivalence essentielle : d’un côté, s’accumulent les forces de destruction, blessures, regrets, mort, etc. (« Le vent ce soir chante les choses mortes », « je porte le deuil de ma terre », « le deuil des ours blancs », « colombes tuées ») de l’autre fleurissent l’amour, la tendresse, l’espérance, le bonheur, la joie de vivre (« la joie de vivre est malicieuse et emporte tout sur son passage »), etc. Toutes et tous sont souvent perçus par le biais du corps et des sensations physiques, « en quête d’une migration de l’âme froide vers l’âme chaude ».

Les voix et les cris de la terre, résonnent et se mêlent les uns aux autres : La voix du soleil, Le dit du vent d’été, « la neige est une autre voix… », « le ciel nous abreuve de paroles », « Le vent crie et couche la nuit / Avec la terre », « Comme une fugue vouée / Au plain-chant de la nuit », « En ce temps-là, les arbres parlaient ».

Ce qui bat, c’est tout ce qui bat en nous « de la terre au cœur », c’est aussi « battre la campagne », vagabonder, rêver, oublier, revenir dans un temps lointain passé (« la souche sut qu’il était bon de vivre dans le passé ») ou se projeter dans le futur (« Se lèvera un jour… » « Et une forêt de cloches libérera / Le silence en plein vent »).

La forme libre des poèmes frôle parfois le Domaine de la Prose ou des formes fixes archaïques comme le (ou la) rotrouenge (hommage aux troubadours occitans ?) (À la dernière heure du soleil, avec son refrain litanique « Je vous salue Marie » nous en semble proche).

Contrairement à Glenn Albrecht qui place le Symbiocène dans un contexte de « spiritualité séculière », Éric Scotto d’Apollonia inclut maints vocables à connotation religieuse, des références à la Bible (le Déluge…), à Dieu, aux anges, au Royaume, à l’âme (« Qu’en est-il de la pesée des âmes ? »), etc. Toujours en symbiose avec la nature, le poète parle de « forêt mystique » ou de « messe marine », de « rivage pour aborder le ciel ».

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Ce recueil d’une grande richesse poétique, émotionnelle, métaphysique, porté par les voix revisitées de tout l’univers préfigurerait-il l’avènement du Symbiocène conceptualisé par Glenn Albrecht ?

Avec Ce qui bat, Éric Scotto d’Apollonia nous semble en tout cas s’inscrire dans un courant de prise de conscience général d’une brûlante actualité dans lequel les poètes ont un rôle à jouer.


1. Les liens qui libèrent, 2020, 368 p.

2. Citation modifiée de Charles Baudelaire, cf. Moesta et errabunda, Les Fleurs du mal.

3. « Une rotrouenge est une forme poétique mal définie qui met généralement en œuvre une série de strophes monorimes se terminant par un refrain indépendant. » (Cf. Métamorphoses : Petite fabrique de poésie, Printemps des poètes, Seghers, 2005, p. 133). (D’autres sources mettent rotrouenge au masculin, cf. Wikipedia).

4. Malgré l’absence de monorimes, bien que le mot figure en fait dans un autre poème (La mort défunte).

5. Ainsi par exemple, parmi une myriade d’autres, le poème d’Ahcene Mariche, « L’environnement » ou le poème « La troisième oreille » de Jeannine Dion-Guérin dans Et que la joie demeure (Editinter, 2020).

 

Capture zosterops wikipedia

Zostérops à dos gris (source : Wikipédia)


mise en ligne de cette page : maj 20.9.20

 
 
 
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