Conférence Alain Mabanckou

Bien que sans lien avec les activités de l'Ouvre Boîte à Poèmes, nous avons été plusieurs poètes de l'OBP à assister à la conférence d'Alain Mabanckou à Enghien ce week end. Aussi m'a-t-il paru intéressant d'en faire écho sur ce site, d'autant que l'Afrique est aussi à l'honneur avec la sortie du livre de Jeannine Dion-Guérin, A l'ombre du baobab en hommage à Léopold Sédar Senghor.

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Conférence dédicace  "Pour une courtoisie de la pensée" par Alain Mabanckou

 

Un événement proposé par la Médiathèque George Sand au Centre des Arts, à Enghien-les-Bains, le samedi 1er Juillet 2017, à 17h dans le cadre
de la 11e réunion annuelle des villes créatives de l'Unesco.

5-7 rue de Mora
Enghien-les-Bains


 

Alain Mabanckou est né en 1966 à Pointe-Noire au Congo-Brazzaville. Il a publié de la poésie, des essais puis des romans.
Son premier roman publié est : Bleu-Blanc-Rouge, Présence africaine, 1998. On peut citer :

Verre cassé, Éditions du Seuil, puis coll. « Points », 2006 (réédité en 2017)
Mémoires de porc-épic, Éditions du Seuil / (Prix Renaudot), puis « Points-Seuil », 2007.
Black Bazar, Éditions du Seuil, puis coll. « Points-Seuil », 2010.
Demain j'aurai vingt ans, Éditions Gallimard, Coll. Blanche, puis coll. Folio (Gallimard), avec une préface de J. M. G. Le Clézio, 2012.
Tais-toi et meurs (roman policier), Éditions de La Branche, Coll. « Vendredi 13 », 2012, puis chez Pocket, 2014.
Lumières de Pointe-Noire, Éditions du Seuil, coll. « Fiction & Cie », 2013, puis coll. « Points-Seuil », 2014.
Petit Piment, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Fiction & Cie », août 2015.

Ses oeuvres sont traduites dans une vingtaine de langues.

Alain Mabanckou a eu une importante activité d'enseignement.

En 2007, il a fait partie des écrivains qui ont signé, le manifeste "Pour une "littérature-monde" en français".

Ses thèmes traitent notamment du déracinement et de l'incertiude identitaire.

Publications récentes :

Lettres noires : des ténèbres à la lumière (Coll. Leçons inaugurales au Collège de France, coédition Collège de France / Fayard, 2016).

Le monde est mon langage (Grasset, 2016) ;

Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui (Seuil, 2017) ;

 


 

Pour Alain Mabanckou, la courtoisie et l'hospitalité sont nécessaires pour vivre le monde d'aujourd'hui. Pour lui, lorsqu'on est écrivain, on n'appartient pas à une nation. On habite dans le territoire du lecteur qui est en train de nous lire. Lui-même, né au Congo-Brazzaville, est interdit là-bas. C'est un tout petit pays de 4 à 5 millions d'habitants avec environ 300 langues différentes et chaque tribu veut crier sa langue. C'est une Tour de Babel où on devrait trouver des moyens de vivre ensemble grâce à la courtoisie, au respect de la langue de l'autre. C'est un des grands problèmes de notre époque : on construit des murs au lieu de construire des ponts, ce qui freine la mobilité. On voyait déjà ça dans la Bible...

La plus grande immigration est à l'intérieur de l'Afrique, les déplacements n'étonnaient pas. On oubliait la nationalité d'origine. Au Congo-Brazzaville, il y avait une grande mosquée bien qu'il y ait très peu de Musulmans. Il y avait un respect mutuel. Aujourd'hui, critiquer l'immigration africaine en Europe, c'est oublier que l'Africain est venu en Europe parce qu'on lui a demandé de venir pour reconstruire l'Europe après la 1ère et après la 2e guerre mondiale. Les Africains sont venus en France en masse, les tirailleurs sénégalais étaient nombreux et tous ces Africains étaient de nationalité française s'ils étaient nés avant les Indépendances et s'ils n'avaient pas renoncé à la nationalité française. Alain Mabanckou, qui a fait des études de droit, est allé à Nantes aux Archives pour voir les actes de naissance de ses parents et rentrer dans la nationalité de ses parents. Son acte de naturalisation a été signé par Simone Weil. Lorsqu'il a expliqué cet article de loi aux Africains, tous ont demandé à avoir la nationalité française.

La France était considérée comme un territoire de respectabilité, d'hospitalité, de courtoisie, de respect de la culture, des droits de l'Homme, de la main tendue, du refus du Ku Klux Klan...

Après, tous les intellectuels français, Sartre, Beauvoir, etc. et les Noirs Américains ont créé le mouvement Harlem Renaissance (Renaissance de Harlem), transposé en Europe. Les premiers intellectuels africains sont venus étudier en Europe, particulièrement en France où est né le concept de négritude parce qu'il y avait des étudiants africains comme Senghor, Césaire, Léon-Gontran Damas, etc. et tout la création africaine a pris son essor en France.

Mais maintenant, cette hospitalité, cette courtoisie, cette culture ne sont plus au coeur de la politique. Il faut concevoir le monde comme une "culture de bronze" avec des alliages de métaux par addition et multiplication et non par division et soustraction. Les cerveaux de tous les pays additionnés cinéastes, écrivains, scientifiques etc. font la grandeur d'un pays. Ainsi, l'Amérique est grande parce qu'elle privilégie la diversité des couleurs... Dans Le monde est mon langage, Alain Mabanckou fait ainsi l'éloge de la courtoisie de la pensée.

Alain Mabanckou considère la France comme son pays d'adoption. Le génie et la grandeur de la France lui font pardonner la lâcheté et l'hypocrisie qui ne représentent pas la France mais la part la plus basse de l'humanité.

La courtoisie est aussi linguistique. Elle est forte parce qu'elle est portée par d'autres écrivains que les écrivains natifs d'une langue donnée. Notre monde dépend des autres mondes qui sont aux alentours.


 

Débat avec le public :

Actualité littéraire d'Alain Mabanckou :

Le monde est mon langage (Grasset, 2016) ;

Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui (Seuil, 2017)

Conférences sur la rencontre du monde noir et du monde arabe à l'IMA et sur la créativité africaine à l'Espace Louis Vuitton [dans le cadre de l'exposition Art/Afrique, le nouvel atelier du 26 avril au 4 septembre  2017]

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Question d'une écrivaine originaire du Burkina Faso qui fait des ateliers d'écriture pour les jeunes : quel conseil donner pour lutter contre l'individualisme et le manque d'unité que l'on constate de plus en plus chez les jeunes ?

L'écrivain a l'avantage de porter une voix, peut-être de rendre des gens heureux, ce qui fait toujours plaisir, il faut répondre, car c'est le rôle de l'écrivain d'aller vers l'autre, faire comme s'il n'avait jamais reçu de coups, ne jamais manifester de désespoir mais donner l'exemple aux jeunes en donnant de l'espoir.

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Intervention d'une ethno-psychiatre qui répond à la question précédente : les jeunes ont besoin de transmission, de racines. Question portant sur le fait qu'Alain Mabanckou a souvent twitté en disant qu'il était "auteur d'expression française" et non francophone. Pourquoi ? Pour lutter contre la définition coloniale de la Francophonie. La Francophonie n'est pas un pays, c'est une idée qui a été dévoyée politiquement. Cela fait que de moins en moins, il se sent francophone mais de plus en plus d'expression française. Alain Mabanckou voudrait que la Francophonie soit entre les mains des créateurs, des écrivains, des artistes et non des politiciens.

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Comment Alain Mabanckou est-il passé du droit à la littérature ? Alain Mabanckou explique que c'est sa mère qui voulait qu'il soit juge ou avocat, ce qu'il a fait jusqu'en 3e année de thèse avant d'abandonner. Il écrivait depuis le lycée et voulait être écrivain, ce qu'il a fait ensuite tout en rendant hommage à sa mère dans plusieurs de ses livres.

Comment expliquer qu'il y ait autant de langues dans un pays en Afrique ? Les langues africaines sont nombreuses parce qu'elles dérivent les unes des autres, chaque tribu voulant avoir sa propre langue. Il y a beaucoup de termes spécifiques concrets, peu de synonymes, par exemple, quand on dit "rouler dans la farine", "de quelle farine sagit-il ? de manioc, de blé, de seigle ?" (rires)

Cf. article d'Alain Mabanckou : "Donald Trump roule le président congolais dans la farine de manioc


 

Compte rendu de la conférence et mise en ligne de cette page : 3.7.17 par la souris curieuse, alias Nathalie Cousin.