Symphonie du désert

Toute excitée, fébrile, guidée par son instinct, haletante la horde, les sens en éveil
est prête à affronter un monde impitoyable. A la lune elle crache sa détermination.


Les félins yeux mi clos somnolent, se prélassent. Les plus jeunes se cognent, mordillent, se culbutent.
Dans ce charivari où têtes queues et pattes se mélangent en grognant, il faut reprendre souffle...
Et encore étourdi, replacer les nuages au-dessus de sa tête et puis... Recommencer.
Jeunesse insouciante qui au gré des errances, irrémédiablement grignotera son temps.


Puis le soleil décline... L’air devient respirable. C’est l’heure où les crinières ébouriffées chassent.
Les apeurés Fragiles ont la mort à leurs trousses. Ils sentent le danger, aux aguets ils frémissent.
Attentifs, patients, les prédateurs encerclent, utilisant le vent caressant et complice.
Jamais ils n’abandonnent. Sur la guerre des nerfs ils savent tout, soudain! La course folle éclate.
Dans un claquement d’ailes on évite l’intrus; Les masses s’entrechoquent soulevant la poussière.


Dans un ordre établi, chacun a eu sa part. Des crocs, des griffes tuent, déchirent, déchiquètent...
Maintenant rassasiés, ils jouent avec les restes cherchant à redonner une vie à la mort.
Sur les branches refuges de longs bras se balancent, des corps velus s’élancent criant hurlant leur peur.
Se rétrécit l’espace qu’il faut se partager; Les races s’affadissent, tendent à disparaître...


Dos fuyant les commères, noyées dans la poussière ricanent se défilent, se jettent des menaces
grinçantes à l’oreille. Une odeur âpre sûre a envahi l’espace. Des dos écaillés rampent,
des plumes duveteuses subrepticement volent. De cuir de poils les ombres, sautent, bondissent, galopent,
s’esquivent se reniflent, s’affrontent et puis s’acceptent. Les longs cous tachetés s’étirent, se balancent
s’effacent et me reviennent en un ballet léger, se confondent avec les troncs secs dénudés.


Une brume de sable infiltre le troupeau, immobile à l’écoute, couleur d’ardoise chaude.
Oreilles déployées, en longs barrissements, il répond à l’appel que seul il peut entendre.
Soudain, un agressif majestueux bellâtre, en rut, violent, charge sans réfléchir.
Le groupe se décime pour trouver sa pitance, martelant la savane qui souffre sous ses pas.


Il faut des heures de  marche, de moiteur étouffante pour trouver un point d’eau. Les troupeaux épuisés
pattes endolories tout tremblotant s’affalent, gueules ouvertes gluantes, devant la nappe d’eau
qui s’est évaporée. Ils vomissent leur rage, se rabrouent se bagarrent, marquent leur territoire
une dernière fois, en un jet trop brûlant empestant la charogne. Ils s’étendent en râlant
sur le grand drap de braises, se dressent s’évanouissent... Dans l’ultime sursaut s’éteignent sans comprendre.


Des hurlements sauvages se donnent la réplique: Symphonie du désert à nulle autre égalée.
Que s’arrête le temps, afin que ces merveilles en songes approchées, à jamais ne se meurent.

     
   EVELYNE DUTHEIL-LALLEMENT (FEVRIER 2005)   
   Poésie envoyée pour le CONCOURS DE MARS 2005 - POESIE EN VEXIN -

Poème aimablement communiqué par l'auteur que nous remercions. 25.04.011

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