J. Dion-Guérin. Silence à haute voix. Note de lecture

 

SILENCE A HAUTE VOIX

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Jeannine Dion-Guérin, Silence à haute voix, illustration de Marie-Geneviève Simon Ballou, Éditinter poésie, 2023, 119 p. ISBN 978-2-35328-218-0 (16 €).

Contact : guerin.jeannine [at] sfr.fr :

Commande : envoi dès réception d'un chèque de 16 €, plus frais de port 6 €, à l'adresse suivante : Jeannine Dion-Guérin, 77 bis rue des Chesneaux, Bât.D, 95160 Montmorency.

Blog de Jeannine Dion-Guérin


 

NOTE DE LECTURE

PAR Nathalie COUSIN

Ce Silence à haute voix, à double face, janusien, couvre toutes les intensités sonores, « à mi-voix », tantôt « privé d’échos », confronté aux « non-dits », pris « entre ce qu’on veut dire / et ne sait plus dire à présent », tantôt « gazouillis », « chuchotis », tantôt cri, prêt à mordre et à « se déguise[r] en louve ».

La solitude liée au silence, le parcours de vie de la naissance à la vieillesse et à la mort, l’éphémère, l’amour, l’écriture, la résilience, la métamorphose, la Nature, tels sont les principaux thèmes du recueil.

La poésie de Jeannine Dion-Guérin prend racine dans le quotidien, même le plus banal. Elle ne craint pas de se répéter « pourvu que demeure / le plaisir d’écrire. »

Les images récurrentes, avec leurs multiples variantes, constituent son univers familier, par exemple les pierres, le miroir et les reflets, le mascaret, le corbeau, les migrations…

Parmi ces motifs, il y a, bien sûr, les arbres. Depuis Le tracé des sèves, elle les aime, s’identifie à eux ou les personnifie. Elle se sent acacia ou banian (Et que la joie demeure), tandis que dans Silence à haute voix, on rencontre, au gré des saisons, un cerisier en fleurs, un érable, un saule pleureur, un vieil orme déplumé, un chêne tutélaire…

Dans Foyers en forêts, l’osmose est complète entre le poète et l’arbre, imbriquant la chair, la sève, le bois, la terre, les racines, images entrelacées aux thèmes du feu et de l’amour.

Comme dans ses autres recueils, chaque section est précédée d’une citation (Paul Chaulot, Fernando Pessoa, René Daumal, Jean Joubert, Pierre Seghers, Su Dong Po, Christian Bobin…). Un poème est dédié à François Cheng, et un autre à Colette : Jeannine partage avec sa « sœur bourguignonne » son amour de la nature, des plantes, des animaux, et se rapproche d’elle également par son style vivant et alerte.

« Arbre mon frère », « Automne », « Colosse de plein air », « Soleil couchant », « petite brebis », « Homme de notre temps », ainsi notre poète interpelle-t-elle et comprend-elle d’instinct les voix d’univers, n’hésitant pas à parler La langue des champignons.

Toute en sentiments et en « échange d’émotion », Jeannine n’édulcore cependant rien de la violence du monde actuel : Silence à haute voix a été écrit entre 2020 et 2022, années marquées par la pandémie du covid, puis par la guerre en Ukraine. À tous ces maux, une seule solution : Fais l’amour pas la guerre, exhorte-t-elle sans relâche.

Quoi qu’il arrive, Jeannine choisit délibérément le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Son optimisme et sa joie de vivre, lui permettent d’affronter les pires épreuves, d’accepter l’usure avec « patience et dénuement ». Il est temps de remercier son « vieux corps flétri / capable encore de jubiler / en ses plus secrets replis ». Elle en parle avec humour et tendresse, bien décidée à jouir jusqu’au bout des plaisirs de la chair ! « Plus me tire bouchonne / Me peauficinoche / Me brinqueballoche / M’épuise à la tâche // Plus t’amamourache » (Déclaration à la sauce zinzin, intégrée au spectacle Les Silencieuses de Frédérique Aït-Touati et Nicolas Raccah).

Jeannine prend une « bonne résolution » : « Epouse donc ce corps / Pour mieux y renoncer », « De ta vieillesse, fais une fête / à inviter, non à esquiver. »

(…) « Quand s’essouffle le cœur / sous le dos qui se voûte / que bifurque la route / là où genou se brise, / que s’émousse l’ardeur / d’être à Toi, d’être toute // Ma Vie te sourirai / Encore te chanterai. » (Entre chien et loup).

J’entends derrière ces mots, l’air et le rythme de la chanson de Johnny Halliday Que je t'aime !

Témoin de la quête perpétuelle de Jeannine, le mot amour revient 18 fois, le verbe aimer au moins 4 fois dans Silence à haute voix.

Plus que jamais, Jeannine Dion-Guérin a à cœur de confier aux autres, à sa famille, à son arrière-petite fille, à ses amis, comme un testament, son sourire, son « désir ardent » de Vie et son « bonheur d’être », en un mot son message universel, « en gommant du poème, / tout ce qui ne dit pas : // je t’aime. »

 

(dernière mise à jour de ce texte : 9 juillet 2023)


 

Du citron la quête

Fragrance étrangère

et familière à la fois

l’écriture est agrume

Elle piétine douce-amère

l’imbroglio des contradictions.

D’un compulsif plaisir

elle invoque l’imaginaire

quand bien même

celui-ci ne devrait la mener

qu’à la plus banale des réalités :

un modeste compotier.

Extrait de : Jeannine Dion-Guérin, Silence à haute voix (p. 40)

 


mIse en ligne de cette page : 12.07.23 par Nathalie Cousin

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