C. Gérard. Un précieux murmure : note de lecture


 

 

NOTE DE LECTURE

par Nathalie Cousin

Catherine Gérard, Un précieux murmure

Paris, Éditions Complicités, « Hors collection », 2017, 41 p. ISBN 978-2-3512-0085-8  (9 €).

Un precieux murmure

Site de l’éditeur : www.editions-complicites.fr/

Catherine Gérard ne cherche pas à éblouir ses lecteurs par une poésie savante, hermétique ou sophistiquée. Elle n’aime pas non plus se mettre en avant, pas plus qu’elle n’aime parler d’elle. En peu de mots, elle résume ce qu’elle recherche dans l’écriture : « j’aime exprimer ce que j’ai au fond de moi qui fait écho avec le monde 1. »
Ceci peut nous donner au moins une indication pour aborder la lecture de son sixième recueil publié : Un précieux murmure.
Pas de thème unitaire, mais une suite de 34 courts poèmes en vers et de forme libres, sur des sujets variés. La règle du jeu semble être d’abord l’improvisation 2, d’où l’importance du « premier jet » :
« Un premier jet / Ne demande pas / L'aumône / Il se lit aisément / Sans tergiversation / Sans coups / Il implore son public / De le laisser vivre / Sans remaniements / Intempestifs / Le premier jet / Raconte avec brio / Sa vie, son être / Son ego / Et implore son public / De le laisser vivre / Tout entier » (« Le premier jet »).
C’est presque un art poétique de la spontanéité qui est énoncé ici, invitant le lecteur à entrer de plain-pied - même si le premier poème s’intitule « Les escaliers » ! - dans l’univers du poète, pour y découvrir son « jardin secret » :
« jardin aux mille idées / Empli de vérité », qui « engrange les mots / Les sensations / L’espace, la multitude / Et l’être profond » (« Mon jardin secret »).

« Parfum enivrant » ici des roses, là des mimosas (« Mimosas et minéral »), « doux carillon » des cloches (« La Savoyarde »), chant de la mer murmuré dans un coquillage (« Coquillages ») ou air de violon désaccordé (« Les blessures »), Catherine Gérard en appelle à toutes les sensations et à toutes les émotions, allant de la gaîté à la mélancolie, du rire aux larmes (« Mélancolie »), toujours avec douceur et retenue, sans oublier une petite dose d’humour : « Mon âme clignote / de gourmandise / Devant les anges / En crème chantilly » (« Les clignotants »). Et si quelques poèmes ressemblent à des comptines (« Les cols » « Les confettis »), ou à des contes de fées (« La reine de cœur »), n’est-ce pas le signe que Catherine Gérard a su préserver son âme d’enfant ?
Plusieurs poèmes sont inspirés par les arts visuels : « Le saut de l'ange », d'après une gravure de Henri Landier 3, ou bien, « Petite foule », d’après un tableau de Victor Sasportas 4, pleine de « joie de vivre ».
La Savoyarde (la plus grosse cloche de France, qui se trouve, rappelons-le, au Sacré-Cœur de Montmartre) est comparée à un oiseau de Braque :
« Quand la cloche de dix-huit tonnes / Sonne, on oublie / Son poids, sa forme / On la voit voler / Légère comme / Un oiseau de Braque (« La Savoyarde »).
On appréciera aussi la belle illustration de couverture, apaisante et colorée, « Variation orange » de Sacha 5, aux « horizons bleutés » (« La certitude »). « L’horizon / rêve d’éternité » (« L’horizon »), par-dessus lequel notre poète aime voler, comme un oiseau, s’élever pour mieux respirer :
« J’aime voler, / M’élever au-dessus / De l’horizon / Les sons s’éteignent / L’air devient plus présent / Les montagnes enneigées / Se rapprochent / Le bleu du ciel / Envahit l’espace / Je respire » (« Altitude »).
*
Derrière une apparente facilité et un « flou artistique » intentionnel, Catherine Gérard exprime fort bien, dans ce nouveau recueil, « son être profond ». Elle y révèle sa vision de la véritable « beauté intérieure » :
« La beauté intérieure / Se révèle d’instinct / Aux lecteurs avertis / Qui savent reconnaître / Le reflet de la vérité / Et s’en émerveiller ».


Notes :

1. Cf. http://ouvreboiteapoemes.e-monsite.com/pages/boite-a-poemes/catherine-gerard/
2. Ces poèmes ont été écrits, nous dit l’auteur, lors de séances d’improvisation poétique dans le cadre de l’association d'artistes « La Cyclade » (Paris 18e).
3. « Fondamenta lombardo », cf. http://enflanant.hautetfort.com/archive/2012/09/07/henri-landier-venise-la-belle.html . Henri Landier (né en 1935) est un peintre Montmartrois.
4. http://victor-sasportas.com/index.php/presse/
5. http://couleursacha.blogspot.fr/p/les-oeuvres.html


Mise en ligne de cette page : 21.08.17. Recension à paraître également dans la revue de l'Ouvre Boîte à Poèmes.

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