K. El Morabethi, E.X.E.R.C.I.C.E.S

ANNONCE DE PARUTION

(livre reçu en service de presse)
 

E.X.E.R.C.I.C.E.S. de Khalid El Morabethi
Dessins de Cyrille Roussat
Atelier de l'agneau, « collection 25 », 2017, 77-[X] p.
ISBN 978-2-37428-004-2. Prix : 17 €

Contact auteur : khalidelmorabethi @ outlook. fr 

 

E x e r c i c e s de khalid el morabethi

NOTE DE LECTURE

par Nathalie Cousin

E.X.E.R.C.I.C.E.S de Khalid El Morabethi :
 

Un livre qui devrait être lu

« Et puis J’écris,
Absence, absence,
D’une voix,
D’un salut,
D’un livre qui aurait dû être lu. »

Voici un livre qui devrait être lu et ne devrait pas laisser indifférent.

« Faut que ça choque tout le monde », non pas seulement parce qu’on nous prévient (pour désamorcer les critiques peut-être) que « c’est vide, c’est fatigant, c’est répétitif », mais parce qu’une fois qu’on est entré dans ce livre, on a peu de chances d’en revenir indemne. Car si on lit attentivement, on se sent happé par l’écriture du vide, de l’absence, du silence, du manque.

« -Il faut que ça continue
-Jusqu’à quand ?
-Jusqu’à l’absence d’une absence »

Les mots répétés frappent, martèlent, boxent : tigre, sept, pierre, muscle, Bouddha, cause, etc.

« Misérable question,
Misérable silence,
Misérable Absence.
Misérable, Misérable, Misérable. »

Par la poésie et la parole répétitives, slamée, mots, phrases tournant sur eux-mêmes, en boucle, font entendre une étrange musique. Ils forment aussi de courtes histoires à raconter me faisant penser aux contes et mythes traditionnels « du type lutte contre le dragon1 » réactualisés et réinventés ou encore aux Chants de Maldoror de Lautréamont.

Tandis que le « je » du poète est agressé par des êtres hostiles qui lui veulent du mal :

« Un monsieur d’un seul œil,
Qui me regarde sévèrement en écrivant sur une feuille
Il me parle, il me juge, il me condamne et il me frappe,
J’entends sa respiration, ses battements et je sens la douleur,
J’entends ses insultes, les coups-de-poing et de pied et je sens la douleur (…) »

… ou condamné indéfiniment à « joue[r] encore le rôle du misérable Sisyphe », le lecteur est renvoyé, en miroir, à ses propres « dragons ». Il faut identifier ceux-ci, prendre conscience de ce qu’ils représentent, c’est-à-dire notre part sombre et misérable constituée de nos peurs, nos haines, notre honte, nos culpabilités, notre « maudit désespoir », nos pensées négatives, nos enfers et nos enfermements de toutes sortes.

« Et chante la colère, la haine et la honte !
Chante l’attente,
La colère respire,
La haine pousse des soupirs,
La honte ne peut rien dire »

 

C’est cette part sombre qu’il faut dire à coups de mots, de poings, de points, sans merci, pour parvenir à l’exorciser et nous en libérer.

« Faut que la bête sorte ». Ces vingt-sept « exercices » souvent violents, dangereux, mortels, se révèlent donc exorcistes. Si l’on admet cette hypothèse, ce qui était « sans sens » ou « incompris » (« un fantôme dont on sent la présence, dont on entend la voix mais dont on ne comprend pas le sens »), s’éclaire tout à coup et prend au contraire une puissance de sens extraordinaire.

Ainsi le dragon et ses multiples avatars (monstre, bête, tigre, dinosaure, hibou, porc, loup, homme « singe qui devient lion puis homme stupide », fantôme, dibbouk2, bouddha, horla3, etc.) tous ces « mangeurs d’âme », enfermés à l’intérieur, pourront être vaincus, expulsés du corps, de l’âme, du cerveau, du cœur, du ventre.

*

Lecteurs, « juste pour savoir » trouvez-vous vraiment que ce livre est vide, fatigant, répétitif ? Choquant ou magnifique ?  

Pour moi, un tel langage organique et viscéral, tout en muscles et en nerfs, tout en cris et chuchotements, me ferait plutôt l’effet d’un « merveilleux choc ». Il m’évoque l’oxymore Misérable miracle d’Henri Michaux et surtout Épreuves, exorcismes dont la « raison d’être : tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile4 » me semble s’appliquer aux E.X.E.R.C.I.C.E.S de Khalid El Morabethi.

Écoutons Henri Michaux :

« Une des choses à faire : l’exorcisme »

« L’exorcisme, réaction en force, en attaque de bélier, est le véritable poème du prisonnier.

Dans le lieu même de la souffrance et de l’idée fixe, on introduit une exaltation telle, une si magnifique violence, unies au martèlement des mots, que le mal progressivement dissous est remplacé par une boule aérienne et démoniaque – état merveilleux ! 5»

Et laissons pour finir la parole à Khalid El Morabethi :

 « La pluie
Tombe,
Sur un tatouage qui résume pour qui on vit, pour qui on s’enfuit,
Et ce que notre mal atrocement dit. »

(…) « Laisse sortir ce que tu ne peux supporter et le côté sombre qui te hante ».

(…)

Alors, « de l’autre côté du miroir » pourra se profiler un message salutaire d’espoir, de paix et de lumière :

 

« Des phrases qui forment un poing,
Une phrase a mis dans une plume la semence,
D’où fleuriront l’espérance, le sens et la conscience »

 

« Un message pour lui-même,
Un message pour ses poèmes » (…)

 

«Silence !
J'écris l'absence,
De ce point qui ne mettra jamais une fin,
Et le retour de quelqu'un, qui est loin,
Et la paix,
Et la lumière ! »

 


NOTES ET REFERENCES

1. Cf. Vladimir Propp Morphologie du conte, Points, Poétique, Seuil, DL 1973.

 

2. « Un dibbouk […] est, dans la mythologie juive et kabbalistique de l'Europe de l'Est, un esprit ou un démon qui habite le corps d'un individu auquel il reste attaché. Un dibbouk peut être exorcisé. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Dibbouk (consulté 21.6.17)

 

3. Cf. la nouvelle de Guy de Maupassant, Le Horla.

4. Cf. préface à Épreuves, exorcismes.

5. Id.


Sites Internet :

Atelier de l'agneau

Blogs de l'auteur ou en collaboration :
 
 
 
 
Lire d'autres extraits d'E.X.E.R.C.I.C.E.S:
 
Lire d'autres extraits :
"Ce bouddha n’est pas un Bouddha" dans La revue de Téhéran, N° 132, novembre 2016
 
 
Lire des critiques :
"A propos des écrits de Khalid El Morabethi" par Béotiane (p. 77 du recueil et 4e de couverture)
"Langage minimal (...) Les mots tournent et virent, et cognent-slam, slam the door. C'est alors nage d'arabesques, en boucle, à circuit fermé, (...) Parce que le lieu est fondamental et qu'il s'y trame le spectacle des êtres chers ou anonymes, et de leurs objets familiers. Dans une qualité narrative qui cherche dans l'ombre_le signe, la réponse et le message à porter."
 
 

Création et mise en ligne de cette page : 19.6.17. Tous remerciements à Khalid El Morabethi et à Françoise Favretto.

Mise à jour 26.6.17

 
 
 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×