La page blanche

LA PAGE BLANCHE                

Quelquefois, pour créer, il suffit d'une page
Vierge de tout tracé symbolique ou amer,
Et l'encre peu à peu dessine comme une image,
Une arabesque fauve, ondoyante et légère.

On se prend à rêver, face à la feuille blanche,
D'horizons bariolés, de jolis pas de deux.
Soudain notre cœur s'ouvre et c'est la peur qui flanche
En nous portant, cursifs, sur les traces du feu

De ce feu intérieur qui si souvent nous brûle
Sans jamais provoquer la petite étincelle
D'un quelconque talent, d'un génie ridicule
Ou d'un simple rébus dont on tient les ficelles.

Alors on se sent fort, notre coquille se brise, 
Nos ailes se déploient pour capturer l'essence
De nos sens éveillés qui soudain s'électrisent
En nous portant plus loin... vers notre délivrance !

On se sent protégé comme par un phylactère,
Un grigri ou un ange, ou simplement l'espoir
D'arriver pour une fois, après mille caractères,
Au bout de cet écrit qui brille comme un miroir.

Aucun signe apparent ne vient troubler en nous
L'envie de composer et de livrer bataille
A tous ces souvenirs, tous ces regrets jaloux
De nous revoir, enfin, tricoter maille à maille

Les gribouillis sauvages qui sortent de nos veines...

Sylvie Cabioc’h – 1er avril 2019
 


Mise en ligne : 29.01.20 par Sylvie Cabioc'h

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