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Muses d'aujourd'hui

Lorsque descend sombre et muet
Le velouté manteau de nuit
La ville allume à son chevet
Pour la veiller mille bougies

Quand le soleil se liquéfie
Après un jour plus chaud qu’un autre
L’azur se peint d’un coloris
À la sanguine où il se vautre

Sur l’horizon d’ocre embrasé
Un galop fou de fumées brunes
D’une crinière effilochée
Ourle les monts de son écume

Mais ce ne sont que des usines
Qui crachent ces vomissements
Et ces volutes assassines
Sont les muses de notre temps

Quelques brunes vapeurs nitreuses
Flottent lourdement suspendues
Comme des bulles savonneuses
Dérivant au-dessus des rues

De jaunes fumées sulfureuses
Crèvent le ciel de la cité
D’un jet d’or aux traînées poudreuse
D’une bien étrange beauté

De quelle espèce sommes-nous
Nous les rêveurs nous les poètes
Sommes-nous sots aveugles et fous
Cyniques ou malhonnêtes

Pour que nos yeux illuminés
Quand l’arme de la destruction
Sur nous est prête à s’abaisser
Y trouvent de l’inspiration

Monstres sans doute et cependant
Si notre monde n’a rien d’autre
À nous montrer de plus plaisant
Alors est-ce de notre faute

L’art est sans patrie et s’installe
Tant à la foire qu’au moulin
Nous le prenons où il s’étale
Tant pis s’il doit être assassin

Jacquot
Poème publié dans L’Ouvre Boîte à Poèmes,
n° 69, automne 2005, p. 38-39.


Mise en ligne :17.11.19

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