L'ombre de soi

Elle était reine en sa maison
dame de coeur et de raison
mais au château d'Alzheimer
où l'oubli fane ses couleurs
aujourd'hui elle est en prison
sans clé du temps, sans horizon
s'égare encore en ses yeux gris
quelque lambeau de rêverie.

Elle va et vient comme une ombre
au fil des jours ses idées sombrent
à quelques pauvres encablures
du pays de la raison pure.
Elle ne peut aller vers lui
comment se repérer de nuit
plus de phares sur ses pensées
tous ses chemins sont effacés.

Elle a perdu les mots d'avant
même le nom de ses enfants
qui guettent la moindre lueur
aux fenêtres d'Alzheimer.
L'hiver embrume les jardins
le soir s'attarde la nuit vient
c'est dans un regard de statue
que leur enfance s'est perdue.
Les grandes orgues se sont tues
elle ne comprend même plus
les humbles mots de tous les jours
elle parlait si bien d'amour.

Être et ne pas être
Être et ne plus être
que l'ombre de soi.

 

Maria Labeille, extrait de La Centaurelle épousée, Paris, Collection Club des poètes, p. 61.

Tous remerciements à Maria.

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